MyTree - 08/06/2022

Châtillon-sur-Chalaronne : plantons pour protéger un cours d’eau

Le long du cours d’eau qui traverse les terres d’un agriculteur du pays de l’Ain, 1860 arbres et arbustes locaux ont été plantés durant les saisons 2020-2021 et 2021-2022 pour renforcer la ripisylve présente.

 

La démarche d’un agriculteur vers la transition écologique

Au cœur de la Dombes, dans le pays de l’Ain aux 1000 étangs, un agriculteur élève des vaches Blonde d’Aquitaine et cultive des céréales. Avec la volonté de transmettre un patrimoine viable à ses enfants, il s’interroge sur le futur incertain lié au changement climatique. Conscient du rôle de l’agriculture dans la transition écologique, il souhaite aujourd’hui poursuivre son activité dans une logique de durabilité à travers de nouvelles pratiques.

Parmi ces dernières, l’agriculteur s’est tourné vers la plantation d’arbres afin de protéger le cours d’eau qui traverse ses terres et obtenir un effet brise-vent pour ses cultures. Une ripisylve vieillissante est déjà présente le long du cours d’eau. Or, peu entretenue et âgée, la ripisylve perd de son intérêt. De nouvelles essences plantées à l'issue du projet accélèrent sa régénération naturelle.

 

Ripisylve : la végétation bordant les cours d’eau aux multiples bénéfices

La ripisylve, une haie de cours d’eau, a un fort potentiel écologique pour plusieurs raisons. Commençons par évoquer le rôle stabilisateur des berges par les racines des arbres. Il y a donc ainsi moins de risque d’érosion. Les arbres limitent les températures extrêmes ce qui offre un climat tempéré le long du cours d’eau que ce soit en été ou en hiver. La température de l’eau est ainsi régulée, la faune subit moins les aléas climatiques. Cette régulation évite la présence de polluants et de certains microorganismes car l’échauffement de l’eau favorise le développement de bactéries nocives pour les animaux et les humains. Ce qui nous amène à parler à présent du pouvoir purifiant de la ripisylve. Prenons l’exemple du nitrate, qui, répandu en excès dans les parcelles agricoles est entraîné en aval par l’écoulement de l’eau. Ce nitrate se concentre alors dans les cours d’eau. D’ailleurs, la France fait face à un réel problème de concentration excessive de nutriments dans l’eau. Vous avez sûrement entendu parler de la prolifération des algues vertes en Bretagne ? Ces deux phénomènes sont liés. Les algues se nourrissent de phosphore et d’azote, directement issus des nitrates. Les ripisylves permettent alors de limiter ces phénomènes en fixant les nitrates, phosphates et molécules phytosanitaires par les racines ou le sol. Les microorganismes se chargent ensuite de les dégrader. 

Parler de haie bocagère sans évoquer la biodiversité ? Bien sûr que non. La biodiversité est bien évidemment favorisée par la ripisylve. Pour les anglophones, on parle de “Hotspot de biodiversité” (point chaud de biodiversité). En d’autre termes, la ripisylve est un milieu où se concentrent de nombreuses espèces qui y trouvent refuge ; chassent ; s’abreuvent.  Les chauve-souris sont d’ailleurs nombreuses à choisir les ripisylves comme point de chasse. En effet, les insectes présents à la surface de l’eau constituent la nourriture de base des chauve-souris.


 

1860 arbres et arbustes pour régénérer la ripisylve

Au total, 1860 arbres et arbustes ont été plantés et surveillés par notre partenaire de terrain Mission haie. Ce partenaire est une association spécialisée dans la haie et l’agroforesterie et qui a pour objectif de développer l’arbre champêtre dans les milieux agricoles.

En bordure de rivière, une quinzaine d’essences, telles que le Saule Pourpre, l’Erable champêtre, le Cornouiller, le Charme, le Sureau noir ou encore le Poirier commun viendront renforcer les berges et dépolluer l’eau. Ces essences ont été choisies en croisant le facteur environnemental (les conditions pédoclimatiques) le facteur agricole (les attentes et besoins de l’agriculteur). Parce qu’un projet de restauration de milieu naturel n’est jamais simple, il a fallu répondre à une contrainte majeure : peu d’arbres supportent d’avoir les racines et le tronc dans l’eau. Il a donc fallu trouver des essences adaptées qui, par ailleurs, favorisent de leur côté la biodiversité. En revanche, la position en hauteur de la berge a permis d’inclure des essences non spécifiques à la ripisylve. C’est le cas du merisier et du poirier qui sont des essences appréciant l’eau sans pour autant avoir les racines submergées. En revanche, nous déconseillons fortement de planter des peupliers. Pourquoi ? Ses racines se développent en surface ce qui peut amener à un effondrement des berges.

Une autre caractéristique d’une ripisylve de qualité est l’alternance de plusieurs strates de végétation: un arbre a été planté pour quatre arbustes afin de composer une haie homogène et efficace. Nous avions à cœur d’offrir un maximum d’habitats naturels pour la faune. Cependant, certains animaux donnent du fil à retordre ! Les jeunes plants sont des mets de choix pour les herbivores tels que le chevreuil et les rongeurs. Des protections ont donc été installées autour des plants pendant les 3 premières années. Une fois plantés le long des rives, les arbres bénéficient d’un cadre idéal pour se développer bénéficiant de l’irrigation du cours d’eau. L’agriculteur, de son côté, bénéficie de l’effet brise-vent de la haie. La diminution de l’intensité du vent limite la perte d’eau des cultures.

Quelle est la suite du projet ? Suite à la plantation, le taux de reprise est de 100% ! C’est-à-dire que la totalité des plants ont su s’adapter au milieu et commencent à grandir. Puis, les 2 ou 3 années suivant la plantation, les arbres seront taillés et les arbustes seront recépés. L’objectif étant d’épaissir la haie afin d’offrir davantage d’habitats.  


 

Quels sont les services écosystémiques en jeu ?

Pour rappel, les services écosystémiques sont des bénéfices fournis par la nature à l’être humain sans qu’il ne cherche à les produire. On distingue quatres catégories de services. Les services de maintien et de support sont essentiels à la vie, à la formation des sols/continents/océans. Ils régulent les grands cycles et les processus de production primaire. Les services de régulation sont organisés autour de la régulation des cycles (nutriments, climat, qualité de l’eau, recyclage de la matière organique et des nutriments, protection des côtes, contrôle des parasites). Les services d’approvisionnement fournissent des biens et matériaux que l’Homme peut consommer. Enfin, les services culturels représentent l’interaction de l’Homme avec la nature en termes cognitif, récréatif, artistique, patrimonial, etc. 

Les services écosystémiques fournis par le projet de restauration de la ripisylve sont :

  • Réintroduction de la biodiversité (service de maintien)
  • Bien-être animal (service d’approvisionnement)
  • Esthétisme du paysage (service culturel)
  • Amélioration de la qualité de l’eau (service de régulation)
  • Atténuation des écarts de température (service de régulation)

MyTree, conscient des nombreux bénéfices que les ripisylves représentent pour la biodiversité et le monde agricole, propose chaque année des projets mettant en valeur ce type de plantation.